RENCONTRE AVEC...

DIANE BENOÎT DU REY

LA LUMIÈRE COMME MATIÈRE

Avril 2021, Paris banlieue proche, Pré Saint Gervais, Rue Danton.

 

Après une petite trotte depuis la station Hoche de la ligne 5 du métro parisien, je suis arrivé devant un bâtiment grisonnant caché derrière une grande grille verdâtre. Nous nous trouvons dans une ancienne usine de salaisons réaménagée et revitalisée par le collectif SOUKMACHINES, spécialisé dans la reconversion de sites inoccupés en Île-de-France. L'initiative est baptisée  “le PRÉÀVIE”. 7000m2 de bâtiment, plus de 200 résidents et de nombreux savoir-faire organisés  en ruche créative, où artistes, ébénistes, architectes, musiciens et autres créateurs occupent désormais les lieux. Dont une artiste peintre, Diane, qui nous ouvre à présent la petite porte avec un grand sourire et une belle énergie malgré l’heure matinale. 
 

Niché au fond d’un couloir sombre où se cachent différents univers que l’on sent foisonner derrière chaque porte, j’arrive enfin dans l’atelier de Diane. J’entre, et c'est la lumière qui me frappe en premier, qui devient soudainement l’élément central. Je remarque que les vitres principales sont revêtues d’un filtre tamisant, une sorte de flou qui nous empêche de distinguer clairement l’extérieur mais offre, à l’intérieur, une luminosité diffuse. Des rayons dynamisants et graphiques arrivent à passer par les persiennes situées au-dessus des grandes vitres et viennent se déposer sur les œuvres grand format posées au mur, qui nous entourent. Une amie de Diane est là, Clara Cornu, également artiste peintre, ainsi que Julie, créatrice de Maison Percée. 
 

Une table d’appoint, des tabourets d’artistes dans lesquels on rêve de se muer soi-même en peintre, quelques viennoiseries et un café sont servis. Le début de la conversation s’enclenche, l’interview se dessine. Je sens déjà l’expérience de la couleur offerte par les œuvres de Diane faire son effet. 

 

Je me retrouve devant une artiste - elle-même ! - lumineuse. Par le médium de la peinture elle représente le phénomène de diffusion de la lumière et fait l'espace.

Capture d’écran 2021-05-06 à 10.05.55.

DIANE BENOÎT DU REY

CURRICULUM ARTISTICAE

"

D’où viens-tu, quel est ton parcours ?

 

Je suis née à Paris, j’y ai fait toute ma scolarité jusqu’au BAC. Je dessinais beaucoup depuis mon enfance mais le milieu dans lequel j’évoluais n’était pas du tout tourné vers la culture et c’est par les rencontres artistiques dans mon adolescence que j’ai été inspirée. J’étais intriguée par le développement d’un langage créatif. J’ai commencé à suivre une classe préparatoire dans ma ville, en sortant du lycée, pendant 1 an, avant d’intégrer la Haute Ecole des Arts du Rhin, à Strasbourg, où j’ai parfait ma découverte des arts, du dessin et surtout de la peinture et ses exigences. J’ai eu la chance, pendant mon cursus, de partir 1 an au sein du College of Art of Edimbourg, en 4ème année. Après mes études, j’ai renforcé mon développement personnel en résidence artistique aux Ateliers du Plessix-Madeuc en Bretagne. J’y ai réalisé ma première exposition. Je suis ensuite rentrée en 2015 à Paris, où je me suis installée pour continuer à développer ma technique, mon style et mon univers. Après être passée par l’artist-run-space Le Wonder, me voici ici, depuis plus d’un an !

"

huile sur toile, “Traversée” extrait diptyque, 2021

Quels artistes et courants t’influencent ?


 

J’ai évidemment été touchée par les grands peintres type Lucian Freud, ou plus récemment David Hockney, qui m’a fascinée par son univers performatif, technique. C’était mon approche “pratique” de la peinture. Au-delà de cette pratique, on se rend compte qu’il y a un rapport à l’image et à la sensation optique et picturale très fort. Je me suis intéressée à d’autres artistes, notamment les surréalistes, Picasso, Magritte, ou encore Frida Kahlo. Après j’ai voyagé naturellement vers les artistes minimalistes américains, Rothko avant d’étudier Donald Judd, James Turrell ou encore Dan Flavin, hyper présents aujourd’hui dans mon travail. Un contemporain aussi m’a beaucoup inspirée, Olafur Eliasson.

"

"

huile sur toile, série "Traversée", 2021

Comment qualifierais-tu tes œuvres ?


 

"Aujourd’hui mon travail est à mi-chemin entre un héritage très pictural et une peinture racontée par des impressions de couleur. Aujourd’hui je pense la peinture comme un espace colorimétrique et lumineux, en lien direct avec l’architecture et l'espace que j’essaye de retranscrire. "

As-tu un projet particulier qui te tient à cœur ?

"Alors c’est très drôle que tu me poses cette question, puisque j’ai effectivement un “Dream-project” que je vais révéler (rires). En réalité, je suis fascinée devant les différents phénomènes de mirage, c’est aussi et toujours un lien à cette question de perception. Le Fata Morgana par exemple, cet événement réel qui crée des impressions de château suspendus, une sensation optique impressionnante, presque poétique. J’adorerais travailler sur ce phénomène ! Comme Olafur Eliasson et son arc-en-ciel mobile, et recréer un effet d’optique s’apparentant au mirage."

L'OBJET...

Question incontournable chez Maison Percée, quel est ton rapport à l’objet ?


 

Écoute c’est une bonne question… Je crois ne pas avoir de réponse concrète à te donner, car j’ai pendant longtemps été focalisée sur la surface plane de la toile, sans me confronter à de nouveaux supports. Je crois que mon rapport à l’objet va commencer dans très peu de temps cela dit car j’ai pour projet de créer des luminaires. Moi qui travaille le spectre lumineux dans mes œuvres, je réfléchis à une suite logique de travaux dans mon questionnement pictural sur d’autres supports, hors de la toile. Créer des lumières projetées sur le sol. J’avais aussi le projet de dessiner des chemises avec Julie (Maison Percée), de raconter la couleur, la lumière et la peinture par le prisme du textile et d’un objet usuel. Amener concrètement le travail artistique dans le quotidien, et porter cette recherche comme une cause que l’on défend.

"

"

Avec quels matériaux travailles-tu ? 

"Je peins exclusivement à l’huile sur toile, aux pinceaux. Je change pour de l'acrylique au pistolet uniquement quand je peins des fresques, ce que je développe en ce moment, notamment dans l’espace public."

Comment décrirais-tu ton art ?

 

"C’est une large question, mais je dirais globalement que c’est une peinture expérientielle, optique, centrée sur le phénomène lumineux. C’est vraiment ce travail de la lumière, de sa diffusion dans l’espace et de ses variations colorimétriques qui définit le mieux mon travail. C’est une recherche de projection du réel. Il y aussi des jeux d’espaces, de réflexion. C’est à la fois des impressions lumineuses et des récits d’abstraction."

Qu’est-ce que tu veux dire par “impressions lumineuses” ?

 

"Très concrètement, je m’inspire de l’environnement lumineux qui m’entoure au moment de peindre. J’observe, je détaille, je décortique puis je transforme les jeux de couleurs sur l’espace autour de moi pour décider de la palette colorimétrique que je vais choisir de retranscrire. Toutes mes décisions sont prises au moment où je prépare mes gélatines de couleurs."

"

Aujourd’hui on pourrait considérer ton art comme abstrait, était-ce déjà le cas au début de ta carrière artistique ?

J’ai commencé depuis quelques temps à travailler sur des œuvres qui poussent à l’interprétation, mais j’ai débuté en peignant et retranscrivant des formes concrètes et identifiables, avec la réalisation de portraits ou de paysages. Je me focalise aujourd’hui sur la lumière, mais cela ne m'empêche pas d’offrir à nouveau des paysages ou des représentations du réel à travers un travail “moins évidemment” figuratif et à première vue abstrait.

"

Coucher de Lune, huile sur toile, 2020

Pour finir, quelle est la question à laquelle tu tentes coûte que coûte d’apporter une réponse ?

 

"Je me rends compte que je me pose en permanence des interrogations quant à la retranscription de la lumière sous le prisme de la peinture, c’est quasi une obsession, et je ne cesse de tenter de répondre à cet espèce de défi conceptuel..."

...EST-CE QUE LA PEINTURE PEUT DEVENIR LUMIÈRE ?

De notre côté, on a aisément trouvé la réponse en découvrant ton univers !

Merci Diane, pour ce moment partagé avec toi et ton accueil chaleureux. 

 

On vous invite à retrouver le travail de Diane sur son Instagram. N’hésitez pas à la contacter, pour venir découvrir son atelier, ses œuvres, et en savoir plus sur son univers !

P1180811.jpeg
  • Instagram