RENCONTRE AVEC ...

CLOTILDE PUY
DESIGNER TEXTILE

Paris, 10ème arrondissement, Mai 2021.

Nous décollons de l’Espace Voltaire, notre bureau partagé, pour nous rendre à Strasbourg Saint-Denis. Traversée du Faubourg sous la pluie mais accompagnés de quelques timides rayons de soleil ; nous voilà déjà aux portes d’un bâtiment haussmannien. Direction le 1er étage, où nous sonnons à une mystérieuse porte orange.

 

C’est Clotilde Puy, designer textile autodidacte et haute en couleurs qui nous ouvre la porte et nous fait pénétrer dans l’intimité de son atelier.

Entourés d’une multitude de pelotes de laine acrylique, d’un métier à tisser et de nombreuses créations originales au mur et au sol, nous débutons l’interview.

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CLOTILDE PUY

Quel est ton parcours ?

 

J’ai commencé mon parcours à Paris à l’école Duperré, pendant 4 ans et en spécialisation Mode. Lors de ce cursus j’ai réalisé un stage à la maison Lesage, une maison de Métiers d’art qui appartient à Chanel et où sont réalisés les légendaires tweed de la marque. J’y ai étudié la technique du tissage, domaine que je ne connaissais pas forcément. Cette maison m’a transmis énormément de savoir-faire et les nombreux codes du luxe à la française. La rigueur et la créativité sont les deux moteurs de cet univers, en plus de la technicité incroyable qui en découle.

Après cette expérience, j’ai décidé de partir 1 an au Japon, PVT (Permis-visa Vacances Travail) en poche. Mon objectif avec ce voyage était de compléter mon parcours en rencontrant des artisans textiles à l’étranger, dans un pays qui me passionne, le Japon. J'ai découvert un vrai parallèle entre l’expérience et le savoir-faire français dans les métiers d’art et les savoir-faire d’excellence japonais. De retour en France, j’ai lancé mon activité au sein de ce petit atelier.

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Pourquoi la tapisserie ?

Ou plutôt le tufting ? 

Dès mon retour du japon, j’avais 5 ans d’expérience en poche et je sentais qu’il était temps de me lancer dans la vie active (rires). J’ai vite compris qu’il n’y avait pas beaucoup de débouchés ou de postes à pourvoir dans les maisons de textile ou de tissage, j’ai donc décidé d'entreprendre seule. J’ai suivi une formation d'un an au sein du Pépite Hesam Entreprendre pour apprendre comment développer une entreprise, et c'était l'heure du grand saut! En mars, le premier confinement  a débuté, et je suis partie me réfugier chez mes parents en Charente-Maritimes, avec tout mon matériel et mon métier à tisser. C’est précisément à ce moment-là que j’ai découvert le pistolet à tufter sur instagram. J’ai vite compris que cet outil allait changer ma vie. J’avais enfin la possibilité de créer des motifs figuratifs avec du volume et de l’épaisseur !

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Quels sont les matériaux que tu utilises dans tes créations, et pourquoi ?

 

J'utilise tous les matériaux nécessaires à la pratique du tufting. Du pistolet à tufter à la toile de moine qui me sert de support pour tufter mes pelotes. Le pistolet est mon pinceau, et la toile de moine est mon tableau/châssis. A la base, c’est une technique utilisée pour la réalisation de tapis. On peint avec notre pistolet sur une surface synthétique afin de créer des formes. La bobine qui me sert de peinture va rentrer et ressortir de la toile instantanément. On change ensuite de couleur de laine pour continuer à créer notre visuel. Pour la laine, j'utilise de l'acrylique car je trouve que les couleurs sont plus vives et je n'aime pas utiliser de la laine animale. J'essaie, à mon niveau, de limiter le gaspillage en utilisant des chutes de laines et tissus pour garnir mes coussins.

Quels sont les termes abordés dans ton travail ? 

 

Je me concentre beaucoup sur la couleur, c’est ce qui me fait le plus vibrer. J’aime bien aussi l’idée que le textile puisse être un mélange entre artisanat, art, design et décoration, sans pour autant être rangé dans une catégorie. Je fais ce qui me parle, ce qui me plait. Même si c’est dur de ne pas se laisser parasiter par ce qui est tendance et ce qui semble marcher sur les réseaux sociaux ! Je m’écoute et je laisse parler ma créativité. Parfois, j’ai quelques commandes avec des spécificités particulières, et dans ce cas-là je dois répondre aux envies des clients.

Je vois que tu es très inspirée par le Japon. Quelles sont tes autres inspirations ?

 

C’est vrai que la culture japonaise m’inspire énormément, j’aime beaucoup les illustrations vintage de Shojo par exemple. A part le japon… (rires), j’ai aussi un petit faible pour les cinéastes de la nouvelle vague, notamment Jacques Demy et son univers poétique et coloré. Ce n’est pas vraiment étonnant puisqu’à la base j’étais au lycée de l’image et du son d’Angoulême, je voulais devenir costumière ou scénariste. Je suis aussi très sensible  à la cause féministe, mais je n’ai pas forcément retranscris cet engagement dans ma démarche artistique. C’est un sujet plus personnel qui m’aide et me suit dans ma construction en tant que femme.

 

 

Moi : On a effectivement l’impression que tu es particulièrement attirée par le mélange des arts et le melting pot des univers artistiques.

 

Oui voilà, je n’aime pas trop les activités trop segmentées, je préfère les médiums qui s’entremêlent, cela permet d'enrichir les créations.

Quelles sont les différentes pièces que tu fabriques ?

 

Je réalise plusieurs objets de décoration d’intérieur : tapis de plusieurs formats, petits miroirs, coussins et décorations murales.

Quel est ton rapport à l’objet ? 

 

“J’aime d’abord l’objet pour son esthétique et pour le caractère qu’il apporte à un intérieur, mais aussi pour ce qu’il révèle de la personnalité de celui qui l’expose. Je vois l’objet comme quelque chose d’accessible, or le beau, le design et l’accessible ne sont pas des choses faciles à conjuguer. Je préfère les objets qui sont fabriqués, créés, par une personne plutôt qu’une machine. J’aime l’idée qu’il y ait quelqu’un derrière avec l’envie de transmettre une partie de d’elle-même.”

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Quel est ton rapport à l’artisanat ?

 

Cette transmission de savoirs ancestraux de génération en génération me fascine. J’ai rencontré une dame au Japon que j’aime appeler ma “Grand-Mère japonaise”. Elle m’a appris une technique de teinture qui s’appelle le Katazome et qui fonctionne à partir de pochoirs. Cette technique complètement nouvelle m’a fait évoluer dans ma démarche artistique. J’avais l’impression de détenir un secret (rires..). Mon rapport à l’artisanat est également sentimental et personnel puisqu’il s’est aussi construit avec mon éducation, mon père ayant fait la même école que moi. Et puis, bien sûr, à l’institut j’ai beaucoup appris aux côtés d’artisans expérimentés. Plus récemment, j’ai eu la chance de collaborer avec l'artisan tapissier Peace Maker. Nous avons créé une série de chaises ensemble où nous combinons le tufting et la tapisserie d’ameublement. Nous étions sur la même longueur d'onde, c’était très agréable !

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As-tu un rituel de création ?

 

Non pas particulièrement… à part passer la sauge de temps en temps (rires) ! 

Plus sérieusement, vu que je suis toute seule j’essaye de créer avec rigueur et assiduité. Je vais quasiment tous les jours à l’atelier. Même si quelque chose ne marche pas, je reste concentrée. Et ça marche, je suis très productive ! Pour me concentrer ou créer un cadre apaisant j’écoute de la city-pop japonaise ou des podcasts. Mais le silence complet me va très bien aussi parfois...

As-tu un "dream-project" ?

J'en ai plusieurs ! Pour commencer, j'aimerais avoir un atelier beaucoup plus grand. Ensuite, je serais très heureuse et fière de pouvoir collaborer avec une marque de luxe, pour la création de vitrines par exemple. J'aimerais également pouvoir faire une exposition dans une galerie. Je pense que ça serait un très bon challenge pour moi. J'adorerais pouvoir réaliser une sorte d'installation avec un tapis et des coussins géants réalisés en tufting !

Où est-ce que nous pouvons te rencontrer ou découvrir tes créations (à part instagram) ?

 

En ce moment je suis référencée sur le corner MADE IN DESIGN au Printemps Haussmann. Vous y retrouverez une partie de moi et de mon univers.

Merci à Clotilde pour l'accueil chaleureux qu'elle nous a offert !

On a beaucoup apprécié découvrir ses oeuvres et son environnement de création.

Nous vous invitons à retrouver son travail sur Instagram.

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